Le Blog : Ingénierie Pédagogique et Stratégie Éducative.

Un espace d'auteurs, lieu d'échange des pratiques destiné aux chercheurs et aux étudiants...
 

La supervision comme système auto poïétique - Le travail sur la demande

2. Le travail sur la demande : ce qu’il en est de l’appropriation de la commande institutionnelle par les participants

À l’issu d’une expérience de 20 équipes, je peux dire que la supervision est ponctuée par 3 temps forts et met en mouvement  plusieurs espace d’élaboration: C’est ce que j’appelle les temporalités de la supervision.

La première temporalité concerne l’émergence même de l’idée de solliciter un intervenant extérieur. Quel est le point d’origine ? A l’origine il y a toujours une problématique de déliaison. On se dit que le temps passant, il faut voir si les fondamentaux du projet restent pertinents. S’en est-on éloigné ou pas ? La déliaison opère dans le non-dit, et vise souvent la professionnalité d’un collègue, d’un secteur d’activité, d’un groupe de professionnel, etc. Les griefs vont suivre: «ta relation avec tel usager pose question», «lorsque tu évites de faire ceci…, tu n’es pas professionnel !». Ces attaques sont meurtrières dans la mesure elles s’érigent en jugement arbitraire distribuant, on ne sait par quelle légitimité, qualifications et disqualifications. Le professionnel visé par ces attaques est ainsi confrontés aux processus de coping qui, nolens voles, produisent des crises dont la violence met l’institution en situation de ne pouvoir se saisir et de transformer ce conflit en un objet de travail. « Les attaques disqualifiantes de la professionnalité tendent à disjoindre, à délier. Elles portent précisément sur les intrications entre identification professionnelle et identité du sujet, ainsi que sur les étayages entre le sujet et le groupe d’appartenance. Ces attaques rabattent alors toutes dynamiques intersubjectives sur des dynamiques intrasubjectives ; elles tendent à isoler le professionnel et à le déloger de cette place de professionnel à partir de ce qui est alors épinglé comme ses « incompétences relationnelles ».

L’institution s’invite ou est invitée à penser ses fondamentaux pour un travail de reliance. 

Vignette clinique

Un centre de postcure est en supervision depuis quelques années. Les séances sont consacrées à l’analyse des pratiques où la prise en charge des « usagers » est abordée. Le chef de service qui me sollicite, pense que ce cadre ne peut pas être confondu avec la question de la dynamique interinstitutionnelle. Il s’agit pour lui d’instaurer un lieu où les failles professionnelles et identitaires vont être abordées. Il s’agit en effet d’aider à reconfigurer les modalités d’approches professionnelles, d’interroger l’imprégnation implicationnelle de chaque professionnelle.

Lors de la première rencontre avec l’équipe, je viens me présenter et je demande par un tour de table que chacun exprime ses attentes. Après leur avoir présenté les quatre caractéristiques du projet initiées par Boutinet, chacun semble adhérer à cette proposition

La première séance est symbolique. Elle est localisée hors des lieux de la pratique. Dès le départ, comme si l’équipe n’attendait que ça, la parole semble se libérer. Le sujet évoqué porte sur la réalisation des tâches subalternes qui ne seraient pas effectuées par un membre de l’équipe qui revient d’un arrêt maladie. Ce comportement dérange la quasi-totalité de l’équipe. Le malaise est de prime abord attribué au phénomène de répétition. Et puis progressivement, il apparaît que certains ont hésité à l’interpeler pour cause d’empathie à son égard, d’autres tout en étant solidaire, interrogent les conditions de retour du collègue. La problématique de l’usure va peu à peu prendre corps.

Cette première temporalité concerne le contexte institutionnel et porte sur l’instauration d’une position de réflexivité collective. L’institution se trouve dans un impensé qui risque de produire une déliaison. Lorsque les responsables de l’institution sollicitent un intervenant extérieur, c’est pour renouer avec le sens et les quatre propriétés du projet évoquées par J. P. Boutinet.

Le fait que ce travail soit initié par l’institution lui confère la nécessité de définir un cadre. C’est l’institution qui est instituant. Cependant, si la présence aux séances, les horaires et le lieu du déroulement s’organisent avant le démarrage à proprement parler de la supervision, il reste que les règles de fonctionnement interne aux séances incombent à la vie du groupe constitué. Ce n’est pas pour autant un espace décisionnel tout en étant centré sur la manière dont chacun vit sa pratique professionnelle..  

L’adhésion de chacun doit à favoriser l’affiliation aux règles de fonctionnement énoncées lors de la rencontre initiale avec le groupe.

Cela suppose l’engagement à : la confidentialité, la bienveillance, l’assiduité.

  La seconde temporalité  est construite par les participants au groupe de supervision. Chaque groupe imprime à la supervision ses propres dimensions. Le premier travail portera sur les attentes individuelles. Si elles ne sont pas prise en compte, il sera ensuite très difficile de parler d’affiliation au groupe et de dynamique. Il s’agit d’aborder en commun la question de l’appropriation de la commande institutionnelle. Nous avons deux manières de procéder :

Une fois le cadre du déroulement des séances énoncé, je demande aux participants d’expliciter leurs attentes en décrivant ce que chacun entend par supervision (approche sémantique sinon sémiologie du concept, approche clinique sinon sémiologie de l’acte) et ce qu’il attend de la supervision. Il y a en général, ceux qui viennent sans conviction, pour voir, parfois un peu sceptique. D’autres sont dans une démarche de réflexion. D’autres encore viennent là pour réellement se saisir de ce lieu pour prendre du recul.

Je propose ensuite la réalisation d’un blason « Le blason symbolise le mouvement même par le lequel chaque être advient à lui-même, la boucle étrange qui permet de se connaître, en faisant des couplages structurels le lieu d’une naissance personnelle. » (Galvani, 1997, p. 145). Le blason parce qu’il évoque le souvenir, devient le lieu de construction d’une mémoire des compétences enfouies. Et ses compétences s’épanouissent grâce à la contingence des choix qui s’offrent à la personne lorsqu’il a la possibilité d’explorer toutes les dimensions de ses potentialités. « …l’acte de se souvenir s’effectue (…) de manière mimétique. En se souvenant, on crée un rapport mimétique au matériel du souvenir qui ensuite sera exposé différemment selon la situation. Pour Peretti, le blason permet « un travail par support métaphorique sur l’image de soi » (1986). Cet outil qui « a une dimension projective », propose à un individu ou à des sous-groupes de remplir des cases d’un écusson avec des dessins figuratifs ou non, ou des propositions en vue de signifier des éléments importants d’une représentation de soi ou d’une  appartenance collective » (De Peretti, 1986). Le blason répond à 6 objectifs énoncés du plus personnel au plus collectif

1° « Inviter chaque personne à un effort de réflexion valorisante sur elle-même, avec le symbolisme de fierté inhérent au blason.

2° Exercer en chacun sa congruence, sa relation à lui-même et sa transparence aux autres ou son désir d’être.

3° Rendre plus profond la représentation d’un individu à autrui.

4° Accroître l’authenticité des perceptions réciproques des individus dans un sous-groupe.

5° Aider les individus d’un sous-groupe à prendre conscience collectivement de leur structure culturelle sous-jacente (selon leur personnalité de base).

6° Rendre possible une communication interculturelle entre des sous-groupes de pays ou d’ethnies différents, par la représentation et la compréhension des blasons respectifs et des projections sous-jacentes » (De Peretti, 1986).

D’après P. Galvani, le blason « est un lieu de prise de conscience et un moyen d’actualisation de l’autoformation » (1999, p. 3). Il répond « à un double objectif de recueil de données et d’échange co-formatif » (p.83).

Le blason se situe donc dans cette mouvance bio-cognitive initiée par Gaston Pineau.

On peut dire que le blason est un outil qui permet à l’individu de revenir sur son intériorité tout en mettant des garde-fous sur les face à face que nous sommes conduits à établir. Le blason est de l’ordre de la transaction. Le blason est indicateur de transaction pour mettre en exergue les représentations que le sujet se fait de lui en vu de se sortir des processus attributionnels dans lesquels il peut être prisonnier...

  Le blason est aussi de l’ordre de l’affectivité dans la mesure où lorsque l’on dit qu’il n’y a pas de réelle distance entre moi et mes sentiments, on pose que mes assertions sont le reflet de mon intériorité. Celle-ci contribuera à donner de moi une image de quelqu’un de digne de confiance. Le blason reflète la façon d’éprouver le monde, de le vivre, de se le représenter. L’instauration du langage trouve dans le blason son étayage herméneutique. Il se charge de sens.

Nous avons estimé que la supervision participait du travail d’assertivité.

  Vient le moment où le groupe détermine les modalités d’exploration des blasons. Je propose que chaque membre se prononce non pas en son nom propre, dans sa sphère privée, mais surtout en tant que professionnel, dans la sphère public comme sujet social Ce que je privilégie c’est la prise de conscience par chacun de la fonction exercée dans la situation qui s’expose. L’information pertinente recherchée portera essentiellement sur la part de détermination de chacun dans une dynamique groupale. Nous sommes ici dans un travail d’observation participante. Le travail d’équipe est alors interrogé à l’aune des fondamentaux du projet.

  Dans cette seconde temporalité, il s’agit de déterminer le métier qu’on fait collectivement.

  Cette identité professionnelle recouvre une pluralité car nous sommes nourri par nos rencontres de public en difficulté, en créant de toute pièce une unité socio éducative dans le service de neuro psychiatrie l’hôpital général de Brazzaville, dans plusieurs instituts médico éducatif en qualité d’éducateur spécialisé, dans un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique, dans un centre médico psycho pédagogique proposant des médiations diverses et exerçant la fonction de Responsable Pédagogique, par nos formations universitaires d’abord à l’institut des Sciences de l’éducation de Brazzaville au Congo pour un cursus en psychologie, arrivé en France pour le Diplôme d’état d’éducateur spécialisé, nous avons ensuite validé un master en psychologie, un master en ingénierie et stratégie de la formation. Ce parcours est couronné par une thèse de doctorat sur la psychologie de l’éducation portant sur les Médiations Éducatives.

C. Montandon, Approches systémiques des dispositifs pédagogiques, Enjeux et méthodes, L’Harmattan, Paris, 2002, p. 100.

Alexandre Victor, L’individu dans la pensée d’Abraham Moles, Actes du Colloque « Communication, Espace et Société », Conseil de l’Europe, Avril 1994, éd. Association Internationale de Micro psychologie, <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

2 Kaës René, Médiation, analyse transitionnelle et formations intermédiaires in Bernard Chouvier et al., Les processus psychiques de la médiation, Dunod, 2002, p. 15

« La philologie est la science qui traite d'une langue d'un point de vue historique, à partir de documents écrits. », définition trouvée sur le site Internet wikipédia.

<Reliance, déliance,liance :émergence de trois concepts sociologiques<, Maurice Bolle de Bal, Sociétés n° 80 – 2003/2, p.100

, Roger CLAUSSE, Bruxelles, Éditions de l’Institut de Sociologie, 1963.

Id, p.9

<L’homme relié. L’aventure de la conscience,  Maurice LAMBILLIOTTE, Bruxelles,

Société Générale d’Édition, 1968, p.108 et 109.

<Reliance, déliance, liance : émergence de trois concepts sociologiques<, Maurice Bolle de Bal, Sociétés n° 80 – 2003/2, p103

L’accompagnement dans tous ses états, Éducation Permanente, n°153, pp.57-68, p.63

Georges Gaillard, La généalogie institutionnelle et les écueils du travail d’historisation : entre filicide et parricide. Pour un développement de cette perspective, cf. Georges Gaillard (2001), « Identifications professionnelles, assignations institutionnelles et paralysies de la pensée », dans Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, n° 35, Toulouse, Érès, p. 185-200 ; et pour un point de vue plus large du nouage entre professionnels du social, usagers et demande sociale : Paul Laurent Assoun (1999), Le Préjudice et l’Idéal, pour une clinique sociale du trauma, Paris, Anthropos
Powered by Bullraider.com

Auteur

Georges NTSIBA

Titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées DESS en ingénierie et stratégie en formation d’adultes, d’un DEES, d’un DEA en sciences de l’éducation et d’un Doctorat, option psychologie de l’éducation, Membre de l’équipe d’Accueil PROFEOR ( UFR, Sciences de l’Education, Université de Lille3), formé à l’analyse transactionnelle, formation niveau 2ème cycle en psychologie.

Retrouvez Georges NTSIBA sur les réseaux sociaux :

FacebookTwitterLinkedIn

Publications

Pour en savoir plus à partir des dernières recherches dans le domaine de la Pédagogie spécialisée 

Commander

Le blason, une médiation sémiotique au service des usagers pour faciliter l’accès au statut d’auteur.

Commander