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Supervision d’équipe : œil d’Horus ou oreille d’éléphant ?

Les professionnels du secteur de la santé, du social, de l'éducatif sont confrontés quotidiennement aux difficultés sociales, à la souffrance physique et psychologique, à des séries d’échecs des publics qu’ils accueillent. Ces souffrances engendrent des relations de communication complexes d’où découle une multiplicité de résonnances susceptibles d’altérer les capacités et compétences professionnelles.

La supervision, perçue comme un lieu de l'énonciation de l'éprouvé des praticiens dans leur rencontre avec les usagers (on), est un moment de régulation collective du travail, soutenu par un intervenant extérieur à l'institution. Mais ce travail devient rapidement une analyse des pratiques qui met en évidence deux systèmes en tension : le système auto poïétique (créé par « auto genèse » au sein du groupe) et le système des contraintes professionnelles dictées par l’entreprise (off). Quelle place pour la supervision à la croisée de ces deux systèmes ?

En accompagnant une vingtaine d’équipes, depuis 15 ans, dans un travail nommé « supervision d’équipe » je m’attendais à être pris dans ce qui est à l’œuvre lorsque les affects font irruption dans la pratique professionnelle. Il s’agissait d’aborder la réactivité émotionnelle, les projections diverses avec leur cortège de transferts, de fantasmes et autres stigmatisations et inférences affectives pour réfléchir à des perspectives d’action. La réalité de ma fonction s’est opérée dans la création des schémas de représentations qui débouche inexorablement sur un réaménagement des pratiques, comme s’il fallait traiter des risques de disqualification pour prévenir de l’hémorragie narcissique qui pourrait en découler. Résultat : ce groupe va être différemment nommé selon chaque équipe quelle que soit la commande de départ pour finalement dévoiler tout autre chose. 

Pour parler de ce travail de réaménagement, l’expérience des équipes qui m’ont sollicité offre un champ d’observations très varié pour définir le contenant et le contenu de ce qui préoccupe les personnes impliquées dans cette démarche. De prime abord le constat qui saute aux yeux, c’est la place prépondérante du face à face. Le face à face se déploie dans ses multiples facettes : le soi face à soi, le soi face à l’usager, le soi face à l’équipe, le soi face au collègue, le soi face à l’institution, le soi face aux partenaires, le soi face aux instances, le soi face à la formation, le soi face aux informations. La supervision porterait essentiellement sur le processus de dé liaison à l’égard du projet d’établissement. Le projet ferait figure de référentiel, l’investissement personnel n’étant qu’un indicateur parmi d’autres, le travail devient inexorablement une pratique de définition de ce moment de rencontre qui va être diversement nommé : analyse des pratiques ou pratique d’analyse. Certains parlent de régulation, d’autres évoquent la consultation, d’autres encore indiquent le coaching ou autre groupe Balint. Il arrive qu’on spécifie ce groupe de groupe de réflexion ou d’échange. Quelque soit l’équipe, il s’agit chaque fois de construire l’objet.
La plupart du temps trois préoccupations occupent le champ de l’échange :
· La référence au projet …
· L’inadéquation du projet quant aux besoins spécifiques des usagers et généralement, l’inadéquation se situe à trois niveaux : dans la définition des objectifs, dans le choix et la mise en place des interventions, et dans le diagnostic des difficultés ou leur problématisation.
· L’implication singulière de chacun dans la somme des vécus quotidiens qui viendraient mettre à mal les énoncés et les conceptualisations communes n’est évoquée que comme une des nombreuses pistes de travail. Le professionnel voudrait ne pas se prononcer en son propre nom, il veut se prononcer au nom de l’équipe à partir d’un discours élaboré en coproduction.
En accompagnant ces équipes, j’ai observé que chacun s’inscrit à la fois dans un travail d’actualisation et de co-construction du projet. Chaque membre du groupe est habité par son expérience et par ses références théorico cliniques, mais l’histoire de l’établissement n’est jamais neutre. L’histoire de la structure produit du savoir, et c’est ce savoir qui lui confère le statut de site qualifiant. Mais chaque établissement est-il formateur ? Les situations exposées lors des séances acquièrent le statut de vignette clinique. Chaque vignette facilite l’accès à un savoir inédit, mais de quel savoir s’agit-il ? Si ces vignettes marquent la place de l’usager, les savoirs énoncés en ces lieux vont déterminer le contenant et le contenu des échanges au point que cette instance porte plusieurs désignations : groupe de régulation, groupe d’échange sur les pratiques, groupe d’analyse des pratiques, groupe de supervision. Le lieu de création de ce nouveau savoir est le lieu d’articulation et d’ajustement mutuel qui opère une mutation du pluridisciplinaire, pluri professionnel au transdisciplinaire. Ce lieu qui se vit comme un sas de circulation des paroles inédites par le simple fait que leur verbalisation est rendue possible par l’accompagnement d’un intervenant extérieur, devient un entre-deux de repliement réflexif et de dépliement narratif.

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Auteur

Georges NTSIBA

Titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées DESS en ingénierie et stratégie en formation d’adultes, d’un DEES, d’un DEA en sciences de l’éducation et d’un Doctorat, option psychologie de l’éducation, Membre de l’équipe d’Accueil PROFEOR ( UFR, Sciences de l’Education, Université de Lille3), formé à l’analyse transactionnelle, formation niveau 2ème cycle en psychologie.

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